Eric Leger

Eric Leger

INTÉRÊT GÉNÉRAL

×

Vous souhaitez devenir blogueur?

Inscrivez-vos informations et nous vous contacteront dans le plus bref délai.

Levons nos verres à la sobriété!

Sobre? Qui ça? Moi? Avouez que c’est un mot qui sonne drôle, je dirais même qui fait peur. Mais, qui ne s’est pas, un jour, posé la question qui tue : est-ce que je serais capable d’éliminer complètement la boisson de ma vie?

Opinion
16/10/2014

Sobre? Qui ça? Moi? Avouez que c’est un mot qui sonne drôle, je dirais même qui fait peur. Mais, qui ne s’est pas, un jour, posé la question qui tue : est-ce que je serais capable d’éliminer complètement la boisson de ma vie? Je ne crois pas être le seul à s’être fixé des résolutions qui n’ont pas tenu la route du genre « je bois juste la fin de semaine, juste les soirs de pleine lune ou encore juste quand j’assiste à un combat de nains dans la crème fouetté ». Essayer d’imaginer ce que serait votre vie sans cette coupe de vin pour accompagner un bon steak saignant, sans ce rafraîchissant cosmo pour amorcer le 5 à 7 ou encore sans une grosse broue « ben frette » que l’on savoure sur une terrasse après le travail pour se rappeler qu’on le mérite tout simplement. Qu’on le veuille ou non, cet élixir du vice est bel et bien ancré dans notre culture et ce, depuis la nuit des temps. Comme on le dit si bien pour se déculpabiliser, même Jésus buvait du vin. Je me rappellerai toujours la première bière que j’ai  bu en cachette dans le parc avec ma « gang » de chum, pendant un moment j’ai vraiment senti que j’étais rendu là et je me trouvais dont cool à faire semblant que ça rentrait « bin », ou la première fois que j’ai pris une bière avec mon père, celle-là m’a fait croire que j’étais peut-être devenu un adulte, ou encore la première fois que j’ai amené une fille au resto et que j’ai commandé du vin. Ah! cette fois-là, je me suis senti tellement mature, même si c’était ma belle-mère qui faisait le « lift ».

Bref, on dirait bien que l’alcool nous suit à toutes les étapes de notre vie et si vous vous demandez pourquoi j’en parle, c’est que je vis depuis quatre ans avec une conjointe qui s’est aussi posée la question un jour et elle a décidé d’y renoncer. Ça fait maintenant 10 ans qu’elle est sobre et sans rentrer dans les détails du pourquoi du comment, je dirais seulement qu’elle se connaissait drôlement bien pour prendre une aussi grosse décision à seulement 21 ans. Ça lui a pris beaucoup de courage pour décider d’affronter toutes les situations où elle aurait à dire non merci je ne bois pas. Imaginez toutes les fois où  les regards se sont tournés vers elle en voulant dire : est-ce qu’il y a quelque chose qui ne va pas? Du jour au lendemain, elle a dû s’éloigner de sa gang de trippeux, changer ses sorties, réorienter sa vie amoureuse, etc… Pour réussir à franchir tous ces obstacles, elle a dû y croire et s’accrocher. C’est fou comment elle s’est souvent sentie obligée de s’expliquer, même lorsqu’on va en vacances dans un tout inclus, on dit plutôt qu’elle est enceinte pour qu’on lui foute la paix.

Je dois avouer qu’avant de la rencontrer et d’être confronté à une personne qui avait fait ce choix de vie, je me disais moi aussi, quelle différence ça peut « bin » faire? Vous seriez surpris de constater comment une aussi petite bouteille peut créer une aussi grande distance entre deux personnes. Sans même s’en rendre compte, des étiquettes et des préjugés se collent aussi bien à ceux qui consomment qu’à ceux qui ont choisi l’abstinence. Au début de notre relation, j’avoue qu’il y avait pas mal de tensions dans notre couple. Je craignais qu’elle tente de me convertir et elle avait peur que mon clan des « ceux qui boivent » finisse par avoir le dessus sur sa sobriété et qu’elle oublie pourquoi elle avait fait ce choix, il y a plusieurs années. Comme elle le dit si bien, moi, je suis comme la plupart des gens qui m’entoure, un alcoolique fonctionnel. Je bois socialement et avec un certain contrôle (ah que c’est bien dit) de façon pas mal hebdomadaire soit pour me détendre, soit lors d’un bon repas, soit pour me dégêner un peu lorsqu’une situation m’angoisse, soit pour jammer avec mon band le jeudi soir ou tout simplement parce qui fait beau dehors.

Si vous vous demandez comment on peut vivre conjointement avec une personne sobre tout en continuant à prendre un verre, je vous dirais honnêtement que ça nécessite beaucoup d’ajustements et énormément de compréhension pour arriver à se respecter mutuellement. Au début, ma blonde appréhendait assez mal toutes les opportunités de sorties qu’on avait. C’était pour elle une autre occasion de mettre à l’épreuve ses convictions face à une bande d’individus prête à refaire le monde. De mon côté, c’était plutôt une autre belle occasion de finir la soirée avec un bel argumentaire de philosophe pour finalement m’endormir « spooning style » avec mon chien sur le divan. Ça a pris bien du temps avant qu’on décide de mettre de l’eau dans notre vin et il m’a fallu en mettre pas mal car le mien était foutrement bien concentré.

Le fait de vivre avec une personne sobre m’a permis de réaliser à quel point l’alcool avait une place importante dans notre société, peut-être même un peu trop. On s’en sert à bien des fins. Certains l’utilisent pour se dégêner, pour performer sur scènes, pour briser la glace avec une fille, pour accompagner une cigarette, pour entretenir des conversations qui s’en vont nulle part, etc… J’avoue qu’à certaines occasions, l’alcool peut être très utile. Comme par exemple, dans un party de Noël emmerdant chez la belle-famille. C’est fou comme cette potion magique permet de créer des liens avec des gens qu’on trouve habituellement assez désagréables et par le fait même, gagner des points avec sa blonde parce qu’en l’espace d’un instant, elle est convaincue que moi et son père, avons réellement des affinités. D’un autre côté, à certaines occasions, les effets peuvent totalement jouer en notre défaveur. Lors de party de bureau par exemple, certains semblent avoir atteint la sagesse et appellent le taxi avant de se transformer, tandis que d’autres vont vraiment jusqu’au bout et démontrent très clairement que leur dignité a décidé de rentrer avant eux. À une certaine époque, moi-même, je ne laissais pas ma place. Malgré que je sois encore considéré comme un tannant, mes amis seraient sûrement d’accord pour dire que l’influence de ma blonde m’a fait le plus grand bien.

À la vôtre!

VOIR D'AUTRES ARTICLES de Eric Leger
Voir la liste complète des blogueurs Vous souhaitez devenir blogueur?